On se souvient des efforts désespérés de Hans Rudolf Merz, alors chef du département des Finances, pour pénétrer le saint des saints de la gouvernance économique mondiale, le G20. C’était à l’automne 2008, lorsqu’il devenait de plus en plus clair que la tolérance des grands pays envers les exceptions fiscales se réduisait à mesure que le gouffre de la crise financière s’ouvrait sous leurs pieds. Le refus des Américains et du Gouvernement britannique, avait été sec. Et on connaît le dénouement de l’histoire: l’abandon précipité, sous la contrainte, du secret bancaire pour les questions fiscales à la mi-mars 2009.

L’invitation adressée par la Russie à la Suisse pour participer aux réunions des ministres des Finances de ce même G20 sonne comme le retour en grâce de la Suisse dans les cénacles réglementaires internationaux, après trois ans d’isolation. Il est clair que l’alignement de Berne, sous la férule étrangère, aux standards internationaux, a été remarqué, de même que l’échec de la “troisième voie fiscale” préconisée par la Suisse sous l’appellation de Rubik.

Au G20, la Suisse gagnera une meilleure légitimité pour faire valoir les “injustices” auxquelles elle se sent soumise: le maintient de nombreuses niches fiscales dans les réglementations fiscales britanniques, américaines et autres, et qui lui créent une concurrence fiscale dommageable. Mais ce n’est pas un blanc-seing. Les efforts sont encore longs et pénibles. Beaucoup, en Suisse, n’ont pas encore compris que pour cultiver tranquillement une spécialité réglementaire ou fiscale, celle-ci doit être compatible avec un certain nombre de principes généraux édictés par l’OCDE, le CSF et d’autres organismes de normalisation internationale qui obéissent aux impulsions du G20.

Et il reste à Berne à pénétrer dans le saint des saints, la conférence des chefs d’Etats et de gouvernement du G20. Ce qui ne semble pas encore joué.