Essayé, pas pu. L’échec définitif de Rubik en Allemagne, son probable abandon par l’Italie – comment imaginer qu’un éventuel gouvernement Bersani de centre-gauche issu des élections de février prochain l’accepte? – la signature de FATCA avec les Etats-Unis, tout cela pèse lourd sur le moral de tous ceux qui croient encore à une « troisième voie fiscale » helvétique. Comme si la Suisse pouvait encore convaincre le reste du monde de la pertinence de sa proposition – taxer  sans livrer de noms – qu’elle est bien seule à défendre.

Les grands Etats industriels, nos partenaires commerciaux, nos alliés en certaines circonstances (à l’OMC par exemple), ont imaginé deux grands systèmes de transmission d’informations: un multilatéral pour les Européens (c’est l’échange automatique d’informations), un unilatéral pour les Américains (c’est le FATCA). Tous deux sont des enfers administratifs, mais ils sont défendus par des pays qui ont pruvé à la Suisse leur évidente détermination à en finir avec le secret bancaire.

Au moins, on aura essayé. Mais comme on dit dans le jargon: il n’y a pas de repas gratuit (there is no free lunch), autrement dit: cessons de croire au Père Noël. Et faisons en sorte que la Suisse s’adapte aux réalités du reste du monde plutôt que de chercher opiniâtrement à convaincre celui-ci que la raison et la justesse de vue est de notre côté. Ça ne marche pas.

Une seule voie s’offre à la Suisse si elle veut faire passer ses grands principes et ne pas se limiter à faire passer quelques ajustements techniques dans les instances normatives internationales (CSF, Comité de Bâle…) ou se perdre encore dans des combats d’arrière-garde: nouer des alliances avec d’autres pays.

Bien sûr, la Suisse a un précieux allié au coeur de l’UE, le Luxembourg. Mais on a vu que cela ne suffit pas. L’effort s’étend aujourd’hui auprès des BRICS, dont le poids au G20 est croissant et qui peuvent faire pencher la balance. Mais que penser de l’appui du Brésil, l’un des nouveaux amis, lorsque l’on sait que ce géant, labouré par les banques privées suisses, ferraille depuis des années avec nos diplomates pour conclure une convention de double imposition qui permette de lever le secret bancaire? Soyons donc cohérents et cessons de favoriser l’évasion fiscale auprès de ceux dont nous sollicitons la compréhension et le soutien.

Il est positif de voir des banquiers (Alfredo Gysi, père de Rubik) et des politiciens (Pirmin Bischoff, conseiller national), appeler à la création d’un groupe de travail commun banquiers/Etat. Cela vaudra mieux que l’étalement continu de leurs divisions depuis 3 ans et favorisera la recherche d’une solution. Mais, de grâce, que ce groupe planche sur une solution cohérente et adaptée aux réalités du monde contemporain: l’échange automatique d’informations, le plus vite possible.