Dans une note publiée lundi soir, l’agence de notation S&P a découvert que la BNS, par ses achats massifs d’obligations souveraines libellées en euros (estimés à 112 milliards d’euros de la fin 2009 à juin 2012) a contribué significativement à faire baisser le rendement des emprunts des cinq pays du « coeur » de la zone, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Finlande et l’Autriche. Autrement dit: si les emprunts français ont eu un rendement négatif depuis juin, c’est en bonne partie grâce à la Suisse, ce que les Français se sont bien gardés de relever cet été… Mais là n’est pas la question.

Nous remercions S&P de nous éclairer sur le poids de la BNS sur les marchés obligataires européens. On s’en serait douté. C’est même une question chaudement débattue dans les banques depuis des mois, à tel point que certains se demandent si l’énorme hedge fund qu’est devenue la BNS avec ses réserves de change dépassant 50% du PIB, ne pourrait pas contribuer, à son échelle, à une résolution de la crise européenne, par exemple en achetant aussi des obligations souveraines grecques, espagnoles et italiennes, pour alléger quelque peu la pression des taux sur ces pays. On peut imaginer que le reste de l’UE en serait reconnaissant, facilitant, par là, d’autres dossiers, comme l’accès au marché unique européen pour les activités financières. Ou d’autres sujets encore, comme le marché de l’électricité.

Mais c’est peut-être beaucoup demander à la BNS, qui se contente, pour le moment, de compter ses bénéfices. Et ceux-ci ne cessent de s’accroître depuis que le franc baisse face à l’euro. Chaque centime de perdu par le franc face à la monnaie unique représente un gain de… 3,85 milliards de francs pour notre banque centrale.