Il y a un chiffre qui tourne en boucle parmi les responsables bancaires: -30%. Avec un “moins”. C’est la masse sous gestion appartenant à des clients qui devrait quitter les banques suisses ces prochains mois.

Pourquoi une telle fuite? En raison des impôts. Les accords “Rubik” prévoient le paiement d’arriérés dans des fourchettes de 19% à 42% environ des avoirs, ce qui fait évidemment un trou dans le bas de laine. Et puis, le client qui a vu le tiers de son dépôt retourné au fisc se dit qu’il n’a plus guère de raisons de placer de nouveaux avoirs en Suisse. Aussi, les banques redoutent une chute des apports nets.

La baisse de 30% mérite cependant d’être nuancée. D’abord, elle est contestée par le cabinet d’audit Cap Gemini, qui l’estime plutôt à 15% (ce qui reste encore élevé).

Ensuite, tous les clients ne sont pas des évadés du fisc. Même si la proportion d’avoirs “gris” est difficile à quantifier (les estimations vont de 20% à 80% des avoirs gérés), elle atteint probablement, en moyenne, la moitié des avoirs totaux. Chez Pictet par exemple, où les avoirs en gestion privée s’élèvent à 100 milliards, la part des fonds non-déclarés pourrait atteindre, selon cette clé, quelque 50 milliards – ce qui reste substantiel, on est bien d’accord.

Par ailleurs, tous les clients non-déclarés des banques ne sont pas Allemands, Britanniques ou Autrichiens (pays signataires de Rubik), même si ces derniers représentent une part importante de la clientèle. Beaucoup d’entre eux viennent de pays avec lesquels la Suisse n’a aucune intention de signer de tels accords, comme le Portugal, le Brésil, etc, et auxquels elle ne retournera probablement aucun fonds.

Enfin, “Rubik” n’est pas absent de “trous”, même s’il en compte moins que l’accord sur la fiscalité de l’épargne conclu en 2001 entre la Suisse et l’UE. Les trusts discrétionnaires irrévocables n’y sont pas soumis, permettant aux plus gros comptes d’échapper à la ponction de règlement du passé.

“Rubik”, et toutes les mesures de mise au pas fiscale qui suivront, sera assurément un moment très désagréable à passer pour la plupart des banques et de leurs salariés, du gérant de fortune à l’employé de back-office. Mais de là à en annoncer la “mort lente” comme le fait Bloomberg, il y a encore une très sérieuse marge.